
Yeux brillants, regard pénétrant, visage avenant et physique longiligne, ce banquier digne à l’énergie inépuisable s’est très tôt imprégné des réalités pour en avoir une connaissance intime qui le prédispose à agir avec souplesse et délicatesse, de surcroît écouté pour ses vues pertinentes.
D’ordinaire peu disert, ceux qui le connaissent se délectent de ses avis toujours fondés sur une patiente agrégation de facteurs d’observation qu’il va lui-même chercher s’ils ne se donnent à lui de par ses fonctions ou les responsabilités qu’il exerce.
Natif de Thiès, au sein d’une famille de lettrés musulmans, il est expédié au Fouta pour ses humanités «coraniques» et découvre, au gré de son apprentissage, les codes et les clés d’une société rigoriste et puritaine qui fortifient son attachement à ces valeurs en même temps qu’ils lui ouvrent un incomparable horizon de tolérance. Débarrassé de ses certitudes urbaines, il revient à Thiès afin d’entamer ses humanités «helléniques» avant de poursuivre des études supérieures en France sanctionnées par des diplômes en économie à la Sorbonne, à Dauphine et à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales. Les études achevées, Amadou Kane intègre l’Union des Banques Arabes et Françaises (UBAF) comme Economiste de base d’abord, Credit Analyst ensuite, puis Chief Economist et Africa Area Manager. Plus tard, il ira rejoindre la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) à Lomé, y gravit tous les échelons et participe à toutes les réunions d’experts de la Zone Franc et de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA).
Les questions de développement ne sont plus donc un secret pour lui. La BNP le repère. S’ouvre pour lui une étape nouvelle de sa carrière. Il passe par l’Inspection Générale de ce fleuron bancaire français avant de se retrouver en 1996 Administrateur Directeur Général de la BICIS qu’il quittera dix ans plus tard pour devenir Responsable Zone Afrique de l’Ouest et Océan Indien jusqu’en 2010, date à laquelle il revient à la tête de la BICIS en qualité de PDG.
Ses responsabilités l’ont toujours projeté vers le futur. Mais il a le sens des réalités et de l’étape pour être présent tout en étant étonnamment imprégné des actes du passé. Lucide aussi.
Pas un mot de trop chez lui. Pas non plus, un geste déroutant ou inélégant. Il a une singulière pédagogie de capter l’attention des audiences sans forcer les traits. Mais alors quelle force de travail ! Amadou Kane est capable, disent ses différents collaborateurs, d’enchaîner les réunions, de jongler avec les avions et les fuseaux horaires tout en gardant intacte sa fraîcheur d’esprit. Il «consomme» les notes, annote et rectifie. Son doigté est presque infaillible pour décrypter ou lire une courbe, un graphique, tout en digérant les statistiques que pourraient lui fournir les services.
Le voilà servi par cet important département de l’Economie et des Finances, objet de toutes les curiosités en raison des fortes impulsions attendues. Les doutes entretiennent chez lui l’espoir convaincu que «l’erreur n’annule pas la valeur de l’effort accompli».
Aux Sénégalais qui s’inquiètent des risques d’une précarité accentuée de notre économie, l’arrivée d’Amadou Kane pourrait rassurer. Certes, la situation du pays appelle une gestion au cordeau, après le gel conservatoire des dépenses «somptuaires» décidé par le Gouvernement – au nom d’une certaine éthique d’Etat modeste – mais les comptes publics de la Nation doivent être tenus. Et bien tenus. Pour beaucoup, l’ex-banquier devenu ministre est l’homme de la situation. Il maîtrise les arcanes financiers. D’aucuns lui prêtent de solides arguments pour juguler la dette et ramener son niveau à des proportions raisonnables.
Il n’y a pas d’autres issues pour rééquilibrer les comptes que de réduire les dépenses ou en limiter la progression. Dès lors, le gouvernement a fait le choix, politique, de porter l’effort sur la gouvernance, l’efficacité, le résultat et la restauration de la crédibilité qui passe par la réduction des déficits.
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